Au delà de Darwin

Jean Staune
« Au-delà de Darwin. Pour une nouvelle vision de la vie », aux éditions Jacqueline Chambon ( groupe Actes-Sud), 2009.
Ce livre présente une nouvelle théorie de l’évolution, le structuralisme selon laquelle la structure des êtres vivants n’ est pas le résultat d’une série d’ adaptation ou de la sélection naturelle, mais est inscrite dans les lois mêmes de la nature.
Cette théorie rejette à la fois le darwinisme et l’intelligent design qui considère tous les deux que les structures des êtres vivants sont les résultats arbitraires de la sélection naturelle pour les uns et d’un concepteur pour les autres.
Le darwinisme conçoit les organismes comme des bricolages, assemblés par un horloger, aveugle celui de la sélection naturelle.
L’intelligent design fait lui appel à un designer qui aurait conçu les plans fondamentaux des êtres vivants.
Dans un cas comme dans l’autre, les êtres vivants sont des objets artificiels, tels les objets manufacturés et les diverses machines produites par l’homme.
A l’inverse, la théorie structuraliste affirme que les structures des êtres vivants sont naturelles, qu’elles sont inscrites au cœur des lois de la nature, qu’elles correspondent à des archétypes fondamentaux. C’est pourquoi cette théorie prédit que l’on retrouvera parfois des êtres vivants identiques ou des structures identiques sur d’autres planètes si tenté que la vie existe.
Sans attendre de telles éventuelles découvertes, cette nouvelle théorie de l’évolution implique également que sur terre, des organes identiques telles (l’œil des vertébrés) apparaissent de différentes façons chez les organismes dont les ancêtres communs étaient dépourvus d’une telle structure. Ces phénomènes de convergence sont une des meilleure preuve de cette nouvelle théorie.
Si cette approche est nouvelle en ce qu’elle intègre les résultats récents de la génétique , elle n’en confirme pas moins les intuitions des premiers penseurs du structuralisme qui avant ou pendant le développement du darwinisme avait affirmé le caractère naturelle des formes vivantes.
Introduction
Le chapitre premier constituera un rappel de quelques-uns des éléments fondamentaux du darwinisme et des apports du néodarwinisme à notre compréhension de la vie. Le chapitre 2 se fera l’écho des batailles meurtrières que se livrent les deux principales écoles darwiniennes.
Dans le chapitre 3, nous montrerons que de nombreux indices nous invitent à rechercher au-delà du darwinisme un mécanisme pour l’évolution de la vie, et donc à regarder l’évolution autrement. Ces faits jouent le même rôle que les relevés météorologiques de notre planète hypothétique qui permettaient aux scientifiques les plus audacieux de leur époque de postuler une forme de déterminisme ou de logique interne à l’évolution du climat dans le long terme (les saisons !).
C’est avec le chapitre 4 que nous aborderons de front cette nouvelle vision de la vie qui constitue, sans doute, la plus grande innovation dans le domaine depuis Darwin, avec, bien sûr, la découverte de l’adn et celle de tout le système de fonctionnement de la machinerie intracellulaire. Il s’agira de montrer que nous avons, dès aujourd’hui, de fortes indications selon lesquelles l’évolution est un phénomène en partie prédictible.
Les chapitres suivants nous montreront que si cette nouvelle vision s’appuie sur toute une série de résultats publiés récemment dans les plus grandes revues scientifiques, elle rejoint des intuitions de grands biologistes ou paléontologistes parfois antérieurs à Darwin, qui avaient soutenu que la structure, donc la forme, est première par rapport à la fonction, c’est-à-dire l’utilité d’un organe. Ainsi, si personne ne peut nier que le cou de la girafe s’est développé selon des processus purement darwiniens, en raison de l’avantage fonctionnel que représentait un long cou (les girafes pouvaient, en période de sécheresse, se nourrir de feuilles que leurs congénères à cou plus court n’arrivaient pas à atteindre), les cristaux de neige, eux, nous montrent une extraordinaire influence de la notion de structure. Quelle que soit leur forme, ils ont toujours six branches ; une loi de la nature les amène à avoir toujours cette structure, quelles que soient les contingences diverses qui président à leur formation et qui leur donnent des formes différentes.
C’est en croisant cette idée ancienne, véhiculée par le structuralisme (en biologie et non en linguistique où ce terme existe également) avec les travaux de quelques-uns des plus grands biologistes actuels, comme le paléontologiste Simon Conway Morris, le prix Nobel de médecine Christian de Duve et bien d’autres chercheurs spécialisés dans divers domaines de l’évolution, que cette nouvelle conception de la vie va peu à peu se faire jour au fil des pages. Elle recevra le renfort de diverses écoles de pensée ou de francs-tireurs qui croient à l’existence de logiques internes dans l’évolution.
Mais cet ouvrage ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas d’autres pistes, différentes de la piste principale. C’est ce que nous ferons en abordant le néolamarckisme et l’auto-organisation. Il ne restera plus alors qu’à synthétiser toutes ces données pour montrer au lecteur comment une autre vision de la vie est possible, pourvu qu’on veuille bien chausser d’autres lunettes que celles du néodarwinisme et accepter d’élargir un peu le regard que l’on porte sur la vie. Nous ne manquerons pas d’analyser en conclusion les possibles implications philosophiques de cette nouvelle conception de la vie, tout en rappelant que ce sont les faits, et eux seuls, qui amènent à cette conception nouvelle.
Conclusion
- Les principales thèses développés dans ce livre
- La sélection n’explique pas la structure fondamentale des êtres vivants mais seulement certaines de leurs adaptations.
- Le hasard n’exclut pas l’inévitabilité. Les contraintes qui s’exercent sur les êtres vivants peuvent garantir que certains résultats apparaîtront, même dans le cas où les processus de base de l’évolution reposeraient sur le hasard.
- Ces contraintes qui s’exercent sur les êtres vivants sont d’autant plus fortes que les êtres en question sont évolués.
- L’évolution innove de moins en moins. Nous, Homo sapiens, sommes probablement la dernière innovation importante qui soit apparue.
- Des sauts ont bien eu lieu au cours de l’évolution, et ils n’ont pas pu se faire uniquement par hasard.
- Chez les êtres vivants la structure est première par rapport à la fonction. L’adaptation est secondaire, ce n’est pas elle qui produit une structure fondamentale, comme le plan des vertébrés tétrapodes.
- Les organismes ont leur propre logique interne et semblent parfois la suivre, quelles que soient les modifications de l’environnement qu’ils traversent et la sélection qui s’exerce sur eux.
- L’évolution, vue dans son ensemble, a une logique qui inclut la croissance vers la complexité. Elle ne correspond pas du tout à l’idée d’une évolution “buissonnante” qui partirait dans toutes les directions.
- L’apparition indépendante de formes identiques est un argument fort en faveur du structuralisme.
- Les éléments de base de la vie que sont les protéines sont comme les cristaux de neige, leur forme tridimensionnelle est inscrite dans les lois de la nature.
- Les formes biologiques peuvent donc être d’origine naturelle et non le résultat de processus contingents, et cela d’autant plus qu’un certain nombre de ces formes peuvent être représentées à l’aide de formules mathématiques.
- Il existe un écho génétique de cette conception typologique ou archétypale des êtres vivants, car on a identifié des réseaux de gènes de régulation qui sont identiques chez de très nombreux êtres vivants et qui n’ont donc probablement pas varié depuis des centaines de millions d’années.


